05/08/2008

Un parfum d’origan et de serpolet …

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Un parfum d’origan et de serpolet …

 

Lundi 28 juillet. Chaleur accablante sur le Vivy des Bois en milieu d’après-midi. L’orage d’hier soir y a copieusement rempli les flaques d’eau. Ce sont les oiseaux qui doivent être contents ! Je pars chercher l’ombre et la fraîcheur de l’étang du Fraity…

L’ornithologie ? Rencontres avec des oiseaux mais aussi avec des humains ! J’arrive au barrage en même temps qu’un jeune couple et nous provoquons la fuite de trois Chevaliers guignettes. La conversation s’engage bien vite. Lui est tombé dans la marmite, tout petit, grâce à son papa et il a également suivi la première année de cours de la formation ornitho. Aux abords de l’étang de Prandlage, ils viennent d’observer, posées sur un chemin, quatre Cigognes noires, vraisemblablement un adulte et trois jeunes, puis elles se sont envolées. Cette observation, je la leur envierais bien ! Non, je ne les ai pas vues passer … j’ai beau savoir que les oiseaux volent, je scrute peu le ciel, toujours le nez au ras des étangs, des prairies, des haies ou des vieilles pierres. Longuement, nous jacassons. Surtout moi … Et d’ornitho, bien sûr … Pendant tout ce temps, « mon » Troglodyte n’a cessé de revendiquer en contrebas de la digue de l’étang …

J’y reviens deux heures plus tard, quand la chaleur décline, et le Troglodyte est toujours autant en voix ! Les guignettes arpentent les berges et les colverts se sont rassemblés pour réclamer leurs grains. Ça va faciliter l’observation ! Première impression … car il en reste partout sur l’étang ! Allons voir ce qu’il se passe à Prandlage … Egalement plein de colverts ! Mais aussi quelques morillons et Grèbes huppés avec trois jeunes.

 Balade fraîcheur au Vivy des Bois. Dans une demi-heure, le soleil sera couché. Vraie balade … je ne cherche pas, je laisse venir les oiseaux à moi. Stridulations d’une Locustelle tachetée dans les hautes herbes. Au bout du chemin, je m’arrête pour Monsieur et Madame écorcheur mais se présentent aussi à moi, Monsieur Bruant jaune et Madame Bruant des roseaux. Même sans les rechercher, on ne peut que les y croiser !

 Et toujours cette impression d’être au milieu de nulle part, avec seulement le chant des oiseaux, des insectes et les beuglements de quelques vaches. Agréable odeur de reine des prés. Comme moi, cinq chevreuils, deux brocards, une chèvre et deux jeunes, mais aussi un lièvre, profitent du calme à la tombée du jour …

 Mercredi. Le Troglodyte du Fraity alarme toujours au même endroit. Hier soir aussi, je l’ai entendu. Où cette petite boule de plumes va-t-elle puiser autant d’énergie ? Un arbre accueille dans ses branches deux Grandes Aigrettes et deux Hérons cendrés. Je comprends pourquoi Marc me disait ne pas trop aimer Roly en été … Ces colverts m’épuisent et me cassent les yeux ! Un éclair bleu passe devant moi. Puis je le retrouve, longeant la berge opposée. Quel éclat, ce Martin-pêcheur !

 Arrêt au Vivy des Bois, comme d’habitude. Encore le nez dans mon coffre, j’aperçois en vol un oiseau à la queue assez longue, qui se pose à dix mètres de moi au sommet d’un buisson. Monsieur écorcheur. Belle entrée en matière ! Hier soir, j’avais observé trois individus, dont un mâle. Après avoir croisé quantités de Linottes, Bergeronnettes grises, Verdiers, Chardonnerets et quelques farlouses, j’aperçois au bout du chemin « Monsieur écorcheur d’en bas ». Au passage, je cueille comme chaque soir un fruit aigrelet sur un pommier sauvage. Je me souviens d’avoir photographié ses fleurs roses au printemps sans me douter qu’elles me donneraient des fruits. Mon père, arboriculteur passionné dirait que c’est une honte de se régaler de si piètres navets. Oui … mais ce sont « mes » pommes !

 Jeudi. Balade en soirée aux alentours de la carrière malgré l’orage qui se prépare peut-être. Je vais parcourir le même itinéraire que samedi dernier, toujours à la recherche des jeunes Grands-ducs. Le premier camp scout, mais aussi celui plus proche de la carrière, ont disparu. Celui du milieu plie bagages. Le calme retrouvé ! Mais je n’entends rien depuis le chemin d’accès au site à part un Pic vert et quelques Corneilles noires…

 Sur les sommets, plus d’archéologues mais toujours pas plus de Grands-ducs ! Un peu partout dans les arbres, j’entends de drôles de stridulations. La semaine dernière, à Virelles, j’avais pu observer de quoi il s’agissait : un couple de punaises vertes en train de s’ébattre dans les arbres, le mâle agitant les ailes latéralement. J’ai essayé de trouver quelques infos à ce sujet, en vain …

 Samedi. Visite avec Thierry de la réserve du Bois Cumont à Roly. L’année dernière, un seul candidat à la balade ! Cette fois, nous sommes bien plus nombreux ! Autrefois, cette réserve couvrait 80 hectares et englobait le Bois Cumont et sa forêt primaire de hêtres, la chênaie - charmaie du Bois Jean Mouton et sur le plateau, un lambeau de pelouse calcaire, zone anciennement cultivée ou pâturée par des chèvres et des moutons. La réserve regroupait ainsi, de manière exceptionnelle, tous les stades de végétation, depuis les milieux où l’homme est le plus intervenu jusqu’à la forêt climacique. Actuellement, la réserve est réduite à neuf hectares car les peuplements forestiers en ont été exclus et elle est gérée par Ardenne et Gaume.

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En quittant le village, Thierry nous fait remarquer que certaines maisons de Roly accueillent dans leur façade des pierres de tuf d’origine locale. Les eaux souterraines saturées en calcaire dissous réapparaissent à la surface en y laissant de gros dépôts de tuf qui ont été taillés pour orner les constructions. Le nom d’une rue du village, la rue de la Tuwaire, témoigne encore de cette activité. Mon cheval Fjord, qui est né à Roly, en porte également le nom : « Viking de la Tuwaire ». Un petit air de noblesse … L’église du village a bénéficié d’aménagements dans le cadre du programme « combles et clochers » et elle héberge plusieurs espèces de chauves-souris dont le Grand Murin. En prenant de la hauteur, nous apercevons l’étang de Prandlage et celui du Fraity, qui a été créé pour alimenter une forge en eau. Depuis bien longtemps, cette dépression de la Fagne accueillait des roseaux, plante dont le nom est peut-être à l’origine du nom du village de Roly.

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Tout le long du sentier, nous rencontrons des « gendarmes », punaises rouges et noires, thermophiles, dont les larves sucent la sève des fruits du tilleul. Le chemin nous amène vers un bois clair de chêne, frêne, tilleul et érable champêtre avec en sous-bois des espèces comme le fusain, le troène, la bourdaine, le nerprun purgatif, le cornouiller sanguin, le buis et la viorne mancienne. On y trouve aussi la plus importante station belge de daphné à feuilles de laurier. L’endroit est riche en reptiles, orvet, lézard vivipare, couleuvres coronelle et à collier mais aussi en papillons qui recherchent les lisières thermophiles pour y butiner.

 Le plateau est plus forestier et plus ombragé. Sur calcaire, les hêtres s’y reproduisent via leurs faînes mais aussi en rejetant de souche. Nous rencontrons d’ailleurs les « treize frères », magnifique cépée regroupant … treize troncs. Le sous-bois, plus sombre, est occupé par la mercuriale, la pervenche et le lierre. La clématite des haies envahit les arbres. On l’appelle aussi « herbe aux gueux » car au Moyen-Age, les mendiants l’utilisaient pour irriter leurs plaies et ainsi mieux apitoyer les généreux donateurs.

 En plein bois, le petit cimetière de Roly est entouré d’un vieux mûr. Accès plutôt raide … celui qui y monte à pied n’est pas sûr d’en redescendre … Ces vieilles pierres ont longtemps abrité une flore tout à fait particulière, notamment des plantes montagnardes. Tout cela avant que les herbicides pulvérisés régulièrement ne les fassent disparaître … L’ancien ermitage du Bois Cumont explique très certainement leur présence en ces lieux. Les ermites avaient pour habitude de s’échanger des graines de fleurs sauvages. Actuellement, à la sortie du village, un vieux mur est encore couvert d’une de ces plantes.

 Après le cimetière, nous découvrons la pelouse sèche sur calcaire et son cortège de fleurs. Ça sent bon l’origan et le thym serpolet ! On y rencontre la bugrane épineuse, légumineuse appelée aussi « arrête bœuf » car elle avait tendance à coloniser les sols mis longtemps en jachère et d’ainsi faire peiner les bœufs et leur charrue quand le sol devait ensuite être retourné. A plusieurs endroits, la pelouse présente des excavations qui ont été creusées par les villageois il y a bien longtemps pour en extraire la dolomie et les minéraux qui y étaient mélangés. Elles sont soigneusement gérées car leurs parois accueillent plantes à fleurs mais aussi guêpes et abeilles solitaires qui y creusent leurs terriers. Les deux plantes typiques des pelouses calcaires sont bien sûr présentes, l’hélianthème et le cirse acaule (sans tige), chardon qui a trouvé une astuce pour perpétuer son espèce en dépit du pâturage : fleurir à ras de sol ! Une autre plante témoigne de la sécheresse du sol, l’épervière piloselle, dont les grands poils des feuilles emprisonnent la rosée du matin. Plus malines les une que les autres, ces herbes folles !

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Fin de balade avec une grande sauterelle verte, une femelle, dont l’ovipositeur en forme de lame aplatie est impressionnant bien qu’inoffensif. Il lui permet tout simplement de déposer ses œufs dans le sol, les crevasses des arbres ou de faire une fente dans des tiges. Par contre, attention à sa morsure, nous dit Thierry, tout particulièrement si la bestiole vous attrape dans la partie plus sensible entre deux de vos doigts. On dirait bien que cela lui rappelle quelques souvenirs …

 Anne